Aktion - Panik!
De toutes les formes artistiques, celle qui m'angoisse le plus est la performance. Sans doute pour son côté extrêmement défamiliarisant. L'artiste s'installe dans un lieu donné et acte, sans se soucier (apparemment) des réactions du public, les yeux dans le vague, plongé dans on ne sait quelle transe.
Je réagis à cette forme artistique avec la même anxiété qui me pousse à contourner de très loin les statues vivantes qui s'installent dans les endroits touristiques. J'ai toujours vaguement la phobie que Toutankhamon sorte soudainement de son immobilité et me saute à la gorge.
Dans son essai "Das Unheimliche" (qu'on a traduit en anglais par le terme Uncanny), Freud parle de cette angoisse qui naît de l'étrangeté du "connu inconnu". Il prend comme exemple les automates, qui sont comme des êtres humains, mais n'en sont pas, ce qui provoque un malaise assez diffu, difficile à exprimer.
Les femmes surtout sont des reines en la matière, et la violence de certaines de leurs performances est parfois insoutenable. Ainsi, cette vidéo de Valie Export, qui la montre se tailler les ongles au cutter, sur un bruit de fond de tic-tac lancinant. Le stress du spectateur augmente progressivement, au rythme du métronome, jusqu'à l'image finale où le sang apparaît enfin. Peut-être est-on censé vivre une sorte de catharsis, mais l'unique sentiment que j'éprouve moi est l'envie de fuir ce spectacle qui malgré tout me fascine.
Dans une autre performance réalisée cette fois-ci par l'artiste Marina Abramovitch, l'une des papesses du genre, le stress a disparu, mais la gêne demeure. Assise sur une chaise, les jambes largement écartées, l'artiste tient une kalachnikov, le regard vague, la bouche pincée, les traits rigides...son pantalon militaire troué à l'entrejambe, dévoilant gracieusement son pubis poilu.
C'est de nouveau une illustration de ce que je disais précédemment: les femmes en art instrumentalisent leur corps, qu'elles n'hésitent pas à exhiber dans des mises en scène parfois très crues. L'intérêt de cette vidéo ne se limite pas à cette constatation. En effet, cette performance est en réalité la reprise de l'originale, conçue par la sus-mentionnée Valie Export, en 1969.
Ainsi que le fait remarquer ce petit reportage, cette performance ne provoque pas du tout les mêmes réactions en 2005. Les visiteurs restent tranquilles, et même sans opinion. le contexte politico-social ayant totalement changé depuis 1969, cette "Aktionshose Genitalpanik" ne fait plus paniquer personne...elle laisse les gens indifférents. Est-ce une victoire, signifiant que la bataille pour l'égalité des sexes a été remportée? Ou est-ce le signe que notre faculté de nous émouvoir, de nous choquer même, a définitivement été anesthésiée?
Je réagis à cette forme artistique avec la même anxiété qui me pousse à contourner de très loin les statues vivantes qui s'installent dans les endroits touristiques. J'ai toujours vaguement la phobie que Toutankhamon sorte soudainement de son immobilité et me saute à la gorge.
Dans son essai "Das Unheimliche" (qu'on a traduit en anglais par le terme Uncanny), Freud parle de cette angoisse qui naît de l'étrangeté du "connu inconnu". Il prend comme exemple les automates, qui sont comme des êtres humains, mais n'en sont pas, ce qui provoque un malaise assez diffu, difficile à exprimer.
Les femmes surtout sont des reines en la matière, et la violence de certaines de leurs performances est parfois insoutenable. Ainsi, cette vidéo de Valie Export, qui la montre se tailler les ongles au cutter, sur un bruit de fond de tic-tac lancinant. Le stress du spectateur augmente progressivement, au rythme du métronome, jusqu'à l'image finale où le sang apparaît enfin. Peut-être est-on censé vivre une sorte de catharsis, mais l'unique sentiment que j'éprouve moi est l'envie de fuir ce spectacle qui malgré tout me fascine.
Dans une autre performance réalisée cette fois-ci par l'artiste Marina Abramovitch, l'une des papesses du genre, le stress a disparu, mais la gêne demeure. Assise sur une chaise, les jambes largement écartées, l'artiste tient une kalachnikov, le regard vague, la bouche pincée, les traits rigides...son pantalon militaire troué à l'entrejambe, dévoilant gracieusement son pubis poilu.
C'est de nouveau une illustration de ce que je disais précédemment: les femmes en art instrumentalisent leur corps, qu'elles n'hésitent pas à exhiber dans des mises en scène parfois très crues. L'intérêt de cette vidéo ne se limite pas à cette constatation. En effet, cette performance est en réalité la reprise de l'originale, conçue par la sus-mentionnée Valie Export, en 1969.
Ainsi que le fait remarquer ce petit reportage, cette performance ne provoque pas du tout les mêmes réactions en 2005. Les visiteurs restent tranquilles, et même sans opinion. le contexte politico-social ayant totalement changé depuis 1969, cette "Aktionshose Genitalpanik" ne fait plus paniquer personne...elle laisse les gens indifférents. Est-ce une victoire, signifiant que la bataille pour l'égalité des sexes a été remportée? Ou est-ce le signe que notre faculté de nous émouvoir, de nous choquer même, a définitivement été anesthésiée?

Commentaires
Mais la reproduction d'une performance, est-ce encore de l'art ? où est la création ? Dans le simple fait de reproduire la performance dans un autre contexte ?
A part ça, je trouve l'exercice de la performance, si l'artiste ne réduit pas son oeuvre à ça, souvent interressant. Une manière pour l'artiste de se confronter directement à son public et d'y puiser une certaine source d'inspiration, à l'heure du règne des galeristes, ou des galeries virtuelles.
sinon pour ta question, c'est intéressant car je n'y avais pas pensé. En fait si j'ai bien compris, le travail de M.A était justement une réflexion sur la préservation de cette forme d'art par essence éphémère, et elle a présenté plusieurs performances de ses prédecesseurs en les rejouant elle -même.
cfr: Since the early 1970s, Marina Abramović has pioneered the use of performance as a visual art form. The body has always served as her subject and medium, and the parameters of her early works were determined by her endurance. Exploring the physical and mental limits of her being, she has withstood pain, exhaustion, and danger in the quest for transformation. With "Seven Easy Pieces" Abramović reenacts seminal performance works by her peers dating from the 1960s and ’70s. The project is premised on the fact that little documentation exists for most performances from this critical early period; one often has to rely upon testimonies from witnesses or photographs that show only portions of any given piece. Seven Easy Pieces examines the possibility of redoing and preserving an art form that is, by nature, ephemeral.
http://www.guggenheim.org/exhibitions/abramovic/