Hirst, artiste et businessman (I)


Une fois encore, l'artiste Damian Hirst parvient à créer la polémique autour de son oeuvre et de sa manière de concevoir le marché de l'art. Sa décision de vendre aux enchères plus de 200 pièces directement issues de son atelier, chez Sotheby's le 15 septembre prochain fait grincer pas mal de dents, en même temps qu'elle fait le bonheur des amateurs de scandales comme moi...On l'accuse de ne pas respecter les règles du jeu, et de souscrire à la facilité, en mettant en vente des innombrables rééditions des oeuvres qui l'ont rendu célèbre. Cette superproduction enlève tout le charme de "l'objet unique", au grand dam des collectionneurs en possession de ces derniers...

En réalité, derrière ce coup osé de l'artiste le plus riche du monde se cache le talent de son manager irlandais (et catholique) Franck Dunphy. Depuis plus de dix ans, ce véritable génie du marketing pousse Hirst dans les directions les plus audacieuses...qui jusqu'ici se sont révélées extrêmement juteuses.
Damian Hirst est l'artiste le plus gonflé de la planète, et ses coups très médiatisés parviennent à surprendre à chaque fois le public que l'on croyait blasé. Si cette vente est un flop, il s'agirait d'un suicide médiatique sans précédent. Il est incroyable que l'artiste ose un tel pari, à son âge, alors qu'il jouit d'une célébrité sans pareil...ou alors, la vente est pipautée d'avance (comme le prétendent certains), et tout cela n'est qu'un coup de plus à ajouter au compteur.

Damian Hirst a réussi à devenir l'emblème de l'art contemporain tel qu'on se le représente: provoc, insolent, démesuré, cher et jet-set. Nombreuses sont en effet les épithètes qui caractérisent cet artiste: "rockeur", "cynique", "insolent"...le Figaro parle même "d'art, tendance Sex Pistols"

Au fond, son mérite est d'avoir parfaitement assimilé l'économie de marché, sans faux semblant hypocrite. Car Mr. Hirst est avant tout un businessman assumé...
L'argent fait partie intrinsèque de notre époque, dans l'art, comme dans l'industrie de la musique où tout bouge à toute allure. C'est un vieux club de garçons qui devient un casino(...) Le Figaro, 07/09/2008
Si l'idée de bypasser les échelons entre l'atelier de production et la salle de ventes lui plaît, c'est dit-il, "parce que tout le monde m'en a dit pis que pendre. J'aime bien prendre le mauvais chemin. Quand j'ai commencé à faire de l'art, les maisons de ventes n'avaient pas un tel poids. Leur succès a quelque chose de populaire qui me plaît. Il y a toujours plus d'acheteurs, de collectionneurs, les prix ne cessent de monter. J'aime l'idée de ce raccourci qui bouscule le système". L'artiste va même jusqu'à plaider pour le côté plus "démocratique" des ventes aux enchères (le terme est osé, quand on connaît les prix de la moindre de ses babioles...)

Provocateur, cynique ou grand joueur? C'est ce que nous verrons le 15 septembre prochain...

Image: Hirst à côté de son oeuvre intitulée "For the Love of God", réalisée en 2007.






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