Young British Vandals: ou l'art version trash
Tiens tiens tiens, on parle des frères Chapman sur Evene.fr aujourd'hui (vous vous souvenez: Hitler à la FIAC?). Voilà un excellent article, que je vous conseille vivement si vous voulez mieux comprendre l'oeuvre étrange et morbide des deux cocos.
Ames sensibles s'abstenir! Non seulement leur art abonde en phallus et croix gammées de toutes tailles, mais surtout ils fondent leur geste créateur sur des actes de sacrilège culturel qui pourraient en choquer plus d'un.
Ainsi en 2003, après avoir racheté un tirage authentifié de gravures de Goya, Dinos et Jake avaient systématiquement défiguré les quatre-vingts gravures originales, une par une. Plus récemment, ils ont réitéré le carnage avec les 'Caprices' du maître espagnol, puis avec 'La Vie d'un libertin' de Hogarth.
Le geste est foncièrement cruel, profondément démoniaque, dixit la journaliste d'Evene.
Que les Frères terribles s'amusent à transformer des dessins d'Hitler en parodie artificielle, passe encore (ce n'est sans doute pas une grande perte pour l'histoire de l'art stricto sensu)... mais se permettre ainsi de profaner les oeuvres originales d'un des plus grands génies occidentaux de tous les temps, là je dis ... hum ... Que dis-je en fait? Car l'outillage conceptuel des deux vandales et leur façon de jsutifier leur démarche artistique est sidérante d'intelligence et de malice. Si les faits me dégoûtent, l'intention me fascine, et me voilà partagée entre l'historienne de l'art conservatrice (dans les deux sens du terme) et celle du Fuck le Système contemporain.
"Les Chapman ont choisi Goya pour retravailler l'histoire de l'art comme on gribouille sur un cahier de coloriages. Ils ont actualisé une "ébauche" de sujets entamée il y a plus de deux siècles pour satisfaire une demande de la culture contemporaine : la fétichisation du trash. En somme, les enfants terribles ont craché sur l'un des plus nobles produits artistiques du XVIIIe pour montrer ce que notre époque est capable d'en faire et ce que notre culture est prête à absorber avec, certes, plus ou moins de réticence"
Il y a comme un grain d'apocalypse dans les rouages du Zeitgeist actuel. Est-ce la fin de l'histoire (de l'art)? En sommes-nous réduits à parodier-vandaliser-profaner les traces de notre passé? Au nom de quoi? Un mea culpa général exigeant l'extinction de tout acte créateur, une infinie spirale régressive du Sens, ou un gigantesque éclat de rire sacrilège, comme celui du maléfique Joker dans Batman?
C'est exactement ça, explique la journaliste:
Les Chapman préfèrent largement les vicissitudes du "rire" ; le rire entendu dans une acception proche de celle de Georges Bataille, comme convulsion, comme incapacité à formuler une réaction rationnelle, comme réflexe compulsif transgressant toute considération morale. Quand les Chapman vomissent les vestiges les plus nauséabonds de l'histoire occidentale, ils jouent, au fond, de l'ambiguïté entre le plaisir (malsain, en l'occurrence) que provoque par définition l'objet d'art et la répulsion causée par le contenu et la forme de l'oeuvre. Alors, explique Jake Chapman, "la question ne devient pas tant le sens de la sculpture, que le sens du rire qu'elle provoque chez le spectateur".
Et bien moi je ris jaune...
ILL: Goya, Le sommeil de la Raison engendre des monstres

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