Hitler à la FIAC
L'art hitlérien entartré par deux entartete artistes... le jeu de mots est trop tentant, et l'ironie trop belle pour ne pas être notée. Des oeuvres d'Hitler mises en vente dans une foire d'art contemporain, ce même art qu'il n'aurait pas hésité à qualifier de dégénéré, cela a quelque chose de piquant, il faut l'avouer.
Et oui, cette année, la FIAC vend du Hitler: 11 aquarelles sont exposées au stand de la galerie White Cube de Londres. Enfin, ce n'est plus tout à fait du Hitler, mais du Hitler revisité par les deux artistes provoc britanniques, Jake et Dinos Chapman. Les frères Chapman font partie des Young British Artists comme Damian Hirst et Marc Quinn, ce qui explique le parfum de scandale dont ils aiment vaporiser leurs créations.
Pour cette réalisation hautement controversée, les deux plasticiens ont customisé les aquarelles du Führer en y ajoutant des arc-en-ciels bébêtes, et des formes abstraites, rendant le tout très coloré-très joli, contrastant fort avec les thèmes choisis par le Führer (les dégats de la première guerre mondiale), sans parler de la personnalité noire de l'artiste-monstre. Les onze dessins étaient vendus en un seul lot intitulé March of the Banal ("La Marche de l'ordinaire"), et ont trouvé acquéreur en moins de deux heures. Les deux compères n'en sont pas à leur premier essai sur le dictateur: en mai, ils avaient exposé à Londres une première série de treize aquarelles repeintes, intitulée un peu sottement "If Hitler Had Been a Hippy How Happy Would We Be". Signées Adolf Hitler, elles furent donc sursignées Jake & Dinos Chapman [identifiés comme "Dinos und Aldof" I, II, III et IV à la FIAC]
Le critique d'art Jean-Max Colard fulmine: "révisionisme cool", c'est ainsi qu'il taxe la démarche artistique des frères Chapman:
"Dans leur inconscience, ou leur vanité, les frères Chapman accomplissent rien moins que l'effacement volontaire d'un document sans équivalent, qui n'est plus désormais qu'une pacotille de salon".
Le grand crime des deux artistes selon Colard est d'avoir inconsidérément maquillé un témoignage historique en farce artistique, ce que l'on ne peut accepter au nom du devoir de Mémoire.
Il faut dire que même légalement les deux larrons sont limite-limite. Comme l'explique Clara Georges du Monde, en théorie, "l'acquisition par les frères Chapman de ces dessins ne leur donne pas tous les droits. La propriété intellectuelle - ou droit moral - est distincte de la propriété matérielle d'une oeuvre. Altérer un tableau est passable de poursuites par les descendants de l'artiste, ou son exécuteur testamentaire.
Le droit moral, rappelle l'avocat Emmanuel Pierrat, est "inaliénable et perpétuel".
Le droit moral, rappelle l'avocat Emmanuel Pierrat, est "inaliénable et perpétuel".
Encore faut-il qu'un ayant droit d'Adolf Hitler se fasse connaître... , conclut la journaliste, non sans humour.

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