Brave New Youtube World
Afterschool, le premier film du tout jeune cinéaste New Yorkais (plus jeune que moi, quelle horreur) Antonio Campos, vient de sortir en France. Son sujet rejoint une de mes réflexion précédentes, et c'est pourquoi il m'a semblé intéressant d'en parler, même si je ne l'ai pas (encore) vu.
Le jeune Rob est un ado introverti boutonneux à la Gus Van Sant. Il passe la plus grande part de ses loisirs à surfer sur le net, à la recherche de porno trash et des vidéos sur youtube "de choses qui semblent réelles". La séquence d'ouverture est, paraît-il, un montage de quelques-uns de ces hits mondiaux sur Youtube: du bébé qui rit au chat pianiste, en passant par le bain de sang en Irak et la pendaison de Saddam Hussein.
Comme le décrit le NY Times, le film:
"...combines the timeless bewilderment of adolescence with a very contemporary recognition that for many of us — not least adolescents — reality is now largely a virtual experience".Campos décrit le film comme un “present-day sci-fi film,” dont le sujet archi-contemporain décrit un "momentum", un état de fait totalement neuf et que nous avons à peine eu le temps de réfléchir.
“They’re films that wouldn’t have been possible 10 years ago. They’re specifically tied to the technology that exists”raconte-t-il.
Ainsi, Campos s'était déjà fait connaître pour son court métrage Buy it now, un pseudo documentaire à propos d'une jeune fille de 15 ans, qui vend sa virginité sur e-Bay. Afin d'être plus proche de la réalité, il avait lui-même posté l'annonce sur le site, récoltant à peu près 4000 réponses. A 2000 dollars l'annonce fut retirée.
Brave New World...
Pour finir, un extrait de l'interview qu'il a accordé au journal culturel Evene:
EVENE: Quel est votre sentiment face à cette "génération YouTube"?
Campos: J'en fais partie, je regarde aussi beaucoup de vidéos de manière obsessionnelle. J'aime le fait que les images soient si facilement accessibles. On peut rester sur Internet pendant des heures, toujours à chercher quelque chose de nouveau, plus drôle, plus sombre... Quel que soit ce qu'on cherche, on le trouve. Bien sûr, l'exécution de Saddam Hussein a une valeur d'information, mais le regarder sur YouTube, ça devient du divertissement. Il y a une différence entre la violence au cinéma et des images de violence qui sont réelles. Et quand tout cela a le même niveau, c'est dangereux, le sentiment de réalité en est altéré. Je fais partie d'une génération abreuvée par ces images qui deviendrait presque blasée. On peut faire l'expérience de tout ça depuis le confort de sa chambre. Personnellement, je consomme énormément d'images, je vois beaucoup de films, je regarde beaucoup de vidéos sur Internet... A un moment, c'est trop, il faut s'en détacher, prendre du recul et aller expérimenter la vraie vie.

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