Tous des avatars

Certains livres me rendent férocement jalouse, tellement j'aurais aimé les avoir écrits moi-même.

C'est le cas du roman de Vassili Axionov intitulé "Paysage de papiers", dont je recopie ici un extrait. Il s'agit sans doute du paragraphe le plus important, celui qui explicite le thème caché derrière l'histoire burlesque du héros Vélocipédov (rien que ce nom!)

"Un jour, je m'en souviens, mes anciens amis Valioucha Stiourine et Vanioucha Chichlenko philosophaient sur le bouddhisme. L'homme posséderait trois corps: le corps physique, autrement dit un vaisseau ou, peut-on dire, un chariot; un deuxième corps, astral, énergie cosmique à l'enveloppe invisible, et un troisième corps, le plus haut: l'âme. Cependant ce jour-là, j'aurais voulu ajouter aux considérations de cette intelligente jeunesse, qu'à ces trois corps humains, s'en ajoute, au cours de la vie, un quatrième qui ne lui vient pas de Dieu: son corps administratif, son corps de papiers, voilà ce que j'aurais voulu ajouter, mais cette intelligente jeunesse toujours à moitié ivre m'intimidait."

Dans la bureaucratie dantesque de l'URSS décrite ici en 1983, chaque citoyen est susceptible de faire l'objet d'un dossier complet. Pas étonnant que les absurdités kafkaïennes de cette administration aient fortement frappé l'imagination d'Axionov... Mais on pourrait postuler qu'en 2008 l'homme a acquis un cinquième corps tout aussi peu divin, que je nommerais son identité virtuelle. Quiconque aujourd'hui se met sur Facebook (Linkdin, msn, ASW etc...), tient un blog, joue au webpoker, ou, plus radicalement, mène une double vie sur second life, celui-là a une identité virtuelle, une image qu'il projette sur la toile, qui est à la fois lui et un autre lui en même temps. C'est bien simple, à moins d'éviter le net comme la peste, on a tous un avatar, c'est-à-dire un être "informatique".

Or si j'ai bien compris, tout le système informatique se base sur l'opposition 1/0...ce qui me fait tripper grave, quand je commence à imaginer mon corps consitué d'un milliards de petits 1/0!Une chose est sûre: il vaut mieux que ce soit lui qui attrape les virus plutôt que moi. Heu pardon, mon autre moi.

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