Folie-Art
Vous l'aurez compris, Brooklyn Follies de Paul Auster est mon livre de chevet du moment. J'aime beaucoup ce roman car il est à la fois très chaleureux et optimiste, mais également ponctué de paragraphes d'émotion assez intense. Ainsi cette journée triste où l'on voit Harry assister, impuissant, à un accès maniaco-dépressif de sa fille, quelques heures avant de devoir partir en prison:
"Flora était en pleine crise, une fois encore, en train de plonger dans l'obsession morbide qui finirait par entraîner son troisième jour à l'hôpital...Elle était tombée, Dieu sait où, sur une série de statistiques calculant le nombre d'individus qui naissent et meurent à chaque seconde dans le monde un jour donné. Les chiffres étaient faramineux et Flora, qui avait toujours été bonne en maths eu tôt fait d'extrapoler les totaux en ensemble de dix: dix naissances toutes les cinquante et une secondes, dix morts toutes les cinquante-huit secondes (ou selon ce qu'étaient les chiffres). Telle était la réalité de l'univers, avait-elle déclaré à son père au petit-déjeuner, ce matin-là, et afin d'avoir prise sur cette réalité, elle avait décidé de passer la journée assise dans le fauteuil à bascule de sa chambre, en criant le mot joie toutes les quarante et une secondes et le mot douleur toutes les cinquante-huit, afin de marquer le déprt de dix âmes disparues et de célébrer l'arrivée de dix nouveau-nés."
Merveilleuse et terrible description...et quelle splendide performance artistique cela ferait, comme celles dont je parlais dans ce post de septembre!
Moi, ça me fait aussi penser à ce site web-ci, où l'on peut voir ce genre de décompte vertigineux en direct, comme si on se trouvait devant une bombe sur le point d'exploser, les chiffres défilant à tout allure!
Coïncidence? le roman de Paul Auster se termine le matin du 11 septembre 2001, exactement quarante-six minutes avant que le premier avion ne s'écrase contre la tour nord du WTC.

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