Une oeuvre qui fait froid dans le dos
Après avoir tatoué pendant des années le dos des cochons, l'artiste belge Wim Delvoye passe à la vitesse supérieure. L'heureux nouveau support s'appelle Tim Steiner, est Suisse et a 31 ans. Son dos, tatoué par l'artiste, a été vendu en septembre dernier pour la somme modique de 150.000 euros par la galerie De Pury & Luxembourg. L'acheteur, un collectionneur allemand, a ainsi acquis le droit de montrer l'oeuvre trois fois par an lors d'expositions privées ou publiques, et de récupérer le tatouage à la mort de Tim. Il a aussi le droit de remettre l'oeuvre sur le marché.
Certains critiques considèrent cette vente comme la "boîte de Pandore d'énigmes juridiques". La galerie assume cependant totalement cette accusation, puisque selon elle, le contrat de vente fait partie intégrante du projet artistique même, en tant que dissertation sur la définition de l'oeuvre d'art, ainsi que des questions légales et ethiques qu'elle soulève.
L'oeuvre intitulée tout simplement "Tim", fut mise en vente pour le même prix que les cochons de l'artiste, ce qui n'a pas eu l'air de vexer le Tim en question, mais a été considéré comme un commentaire ironique de Delvoye sur l'état du marché de l'art. C'est ce qu'expliquait du moins Bernard Fibicher, directeur du musée des Beaux-Arts de Lausanne. Il ajoute:
"Le rôle de l'art est d'interroger, pas de rassurer. C'est un acte qui perturbe la société: une personne qui devient oeuvre d'art provoque des questions morales et légales. Comme ils veulent récupérer la peau quand il meurt, ça devient macabre et désagréable, mais intéressant. Sociologiquement, c'est intéressant. Car donner ses organes pour sauver des vies est considéré comme légal et noble. Mixé avec de l'art, le même geste perd son côté utile et crée un précédent".
Sauf que le don d'organe, comme son nom l'indique, est gratuit, tandis que Tim aurait lui aussi reçu une part de la vente de son dos. Vendre son corps, ça porte un aure nom ça... au fond et ad absurdum, Tim est le premier prostitué de l'art.

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