Space Invader
Chose promise, chose due: Chuck cet article t'est donc adressé :-)
Sous le pseudonyme de Invader (aussi appelé Space Invader), se cache un street artist français, qui, depuis les années 90, "envahit" de nombreuses villes autour du globe, avec ses mosaïques inspirées des jeux vidéos des années 70-80. Sa démarche artistique s'inscrit dans ce qu'on appelle le "retrogaming", mouvement rassemblant les gamers passionnés et nostalgiques des jeux vidéo de l'ère Jurassique. En ces temps reculés, les pixels étaient encore clairement des pixels, ce qui permet à Invader de les reproduire en mosaïques. Tout simplement, un pixel=un carreau.
Ces petits aliens sympathiques sont cimentés sur les murs, dans des endroits cachés ou non de la ville. Les modèles sont préfabriqués et l’artiste les emporte avec lui. Voyons comment Wikipedia décrit la stratégie d'une attaque d'Invader: "Lorsqu’il débarque dans une ville, il se procure d’abord une carte de celle-ci pour planifier son invasion. Dès lors, il lui faut au minimum une semaine pour la quadriller de fond en comble, clandestinement. Chaque space invader est alors indexé dans une base de données : date, position, nombre de points attribués, photographie. Si Invader juge son invasion satisfaisante, alors une seconde carte est redessinée puis imprimée à l’aide d’un partenaire local. Un soin particulier y est apporté car chacune d’elle synthétise tout le processus. Chaque carte possède sa propre esthétique, son propre style, et raconte sa propre histoire". (source ici)
Comme le montre la vidéo ci-dessus, Invader est masqué et conserve jalousement son incognito. On peut y voir des raisons pratiques: l'art de rue étant illégal, il s'agit de ne pas se faire repérer. Il y a aussi sans doute une composante "romantique" de l'artiste qui entretient son aura de mystère...
Invader est donc une sorte de hacker urbain, mais sans controverse hostile ni subversion politique (comme c'est le cas pour d'autres street artists). Il revendique une approche fun du street art comme invasion rigolote de petits personnages issus de la (sous?)-culture des jeux video, sans prétentions conceptuelles ni philosophie lourdement chargée de sens. Comme beaucoup d'autres street artists cependant, il insiste sur la qualité essentielle de ce mode d'exposition urbain, qui est de se développer en opposition à la publicité, sur les mêmes murs, et sans but commercial.
Invader s'est fait une réputation grâce à internet, qui a clairement contribué à créer le buzz autour de son action. En 2008, il a reçu une commande officielle pour décorer l'entrée du Museumsquartier, à Vienne (illustration ci-dessous). Cette commande, tout en consacrant son travail, le dépare aussi un peu de ce qui faisait de son "invasion" un acte clandestin et non commercial... Il est même possible à présent d'acheter des mosaïques pour décorer son chez-soi, sur le site d'Invader lui-même (ici).
...Un paradoxe résolu cependant, dans notre postmodernisme cool (et son pluralisme culturel), au sein duquel toute prétention de contre-culture est, je pense, devenu obsolète.
Source de l'illustration: ici
Quelques links:
http://leblogdelavieenrouge.wordpress.com/2009/01/24/space-invader/

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