Sur un air de Baricco

J'en parlais dans un post précédent (ici), mais je trouve qu'il méritait un peu plus qu'une vague mention en passant... Car Alessandro Baricco (toujours pas résolu le problème de l'accent tonique) est un auteur drôlement intéressant. Formé en musicologie et en philosophie, il a écrit son premier roman à l'âge de 33 ans... Depuis il n'a cessé de lancer des projets aussi originaux qu'inspirants, comme celui-ci avec le groupe Air (en 2001):


"Alessandro Barrico invente un style qui mélange la littérature, la déconstruction narrative et une présence musicale qui rythme le texte comme une partition (...) Désireux de méler ses textes à la musique pour les enrichir (puisqu'il les construit dans cet esprit), il demande au groupe musical français Air de composer une musique pour City. Il s'en suit un concert dans lequel Air joue la musique en live et Baricco lit ses textes en public.(source: wikipedia)
Baricco a aussi créé une école à Turin, nommée la Scuola Holden (en hommage au personnage de J. D. Salinger, vous vous en rappelez? j'en parlais ici). Le principe de cette école est assez génial, comme on peut le lire sur le site (traduction personnelle de l'italien):

La Scuola Holden est née en 1994 avec l'idée d'enseigner le "storytelling", mot qui signifie "raconter des histoires". Si tu regardes le monde et vois des histoires partout, ta place est ici!
Les élèves de la Scuola Holden chaque jour réalisent deux gestes fondamentaux, à savoir écrire et raconter...Pendant deux ans. (...)Pour qui ne le sait pas, Holden est le nom du protagoniste du roman de Salinger, "The catcher in the Rye". Le jeune Salinger était un enfant terrible, qui ne voulait rien savoir des écoles. La nôtre lui serait allée comme un gant.

En 2006, Baricco a voulu adapter l'Iliade d'Homère pour une lecture publique diffusée à la radio. Si le projet fut largement apprécié (amener un nouveau public à découvrir une des oeuvres fondatrices de notre culture), la réécriture elle-même n'a pas plu à tout le monde. "I wanted very much to like this book, but the book disallowed it. Bringing new light, new readers to a thing such as the “Iliad” is noble. Using it as a premise for self-indulgence is not", écrivit Nick Tosches dans le NYTimes.
Baricco est parti d'une traduction contemporaine du récit homérique, et en a concentré l'histoire, ôtant les répétitions typiques du style épique, ainsi que les très nombreuses et colériques divinités, pour ramener le récit à son essence narrative ultime. Moi j'ai bien aimé le résultat, même si bien sûr la version originale est plus riche (et mille fois plus longue!)
Alors d'accord, monsieur Tosches, on peut en vouloir à Baricco pour son petit air d'Italian Lover (qui plaît tant aux femmes, comme vous ne manquez pas de le souligner), néanmoins la relecture contemporaine d'une oeuvre aussi imposante que la "bible des Grecs" est un projet fascinant et mille fois justifié. Ce qui fait de ces textes des monuments de notre canon littéraire n'est-ce pas justement la possibilité qu'ils offrent d'être relus, réinterprétés et réappropriés par des époques et des cultures complètement diverses?

Enfin, pour terminer positivement, voici les quelques réflexions du même auteur sur le futur, le progrès et la modernité (en italien), faites à Venise en novembre 2008, intitulées "Il futuro è finito". Un jour on reparlera de cette question: y-a-t-il un sens dans/à l'Histoire?

Intervention de Baricco aux Venice sessions (source ici): IL FUTURO E FINITO

"Il futuro è finito. Il futuro viene spesso considerato come discarica, buco nero dove buttare ciò che oggi ci crea problemi.
Sono morte due categorie: quelle di progetto e di progresso. Incapaci di pensare al futuro tendiamo a bloccarci sul “nuovo”.
E la tecnica narrativa attuale è quella della fiction tv, priva di un fine, un obiettivo. Lo spirito della serie, caratterizzato dall’immobilità, è ciò che contraddistingue il nostro modo di stare nel mondo.
Il presente, secondo Baricco, è l’unico accadimento; si esclude che esista un prima e un dopo.
Il web non è “nuovo”. Il web è diverso, non esisteva prima. E con esso ci sono due cose che possono essere diverse:
Il senso delle cose si raggiunge con velocità, superficialità, dinamicità.
L’idea di esperienza.Il futuro è nelle mani dei “selvaggi di genio” non di fini intellettuali. È uno strappo con il presente. Dobbiamo renderci disponibili ad un cambio della grammatica del nostro pensiero. “Verrà distrutto il presente ed il nostro compito è quello di riscrivere ciò che verrà distrutto, con la grammatica del futuro”.

Commentaires

Anonyme a dit…
je découvre Baricco. Une icône. Il faut l'écouter, ses raisonnements me semblent lumineux pour notre temps.

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