Le musée imaginaire de Google

On peut en craindre l'expansion exponentielle (et vive les allitérations!), il faut quand même avouer que le moteur de recherches Google se donne du mal pour garder son image d'outil utile, sympathique et bénéfique. Les deux nouveaux produits sortis dernièrement par Google Earth (Rome antique en 3D et Museo Prado) sont dans la même veine: easy, bien foutus, gratuits et surtout: didactiques. Apporter la culture au grand public, voila la mission que Google semble vouloir assumer avec ces deux nouveautés.

Rome Antique en 3D:


Ainsi, Google Earth Rome Antique en 3D (lancé en novembre dernier) permet une ballade dans les rues de Rome, telle qu'elle était en l'an 320 PCN, à l'ère pré-pizza. Le site futura-sciences.com explique: "Il a fallu dix ans, entre 1997 et 2007, pour construire cette version de monuments connus. Pour l'essentiel, elle reprend une maquette réelle, Plastico di Roma Antica, fruit d'un travail colossal réalisé entre 1933 et 1974 par Italo Gismondi. Les chercheurs ont choisi l'année 320 après Jésus-Christ, sous le règne de l'empereur Constantin I, le 21 juin précisent-ils. Le projet Rome Reborn n'est cependant pas figé sur une certaine date. L'ambition des chercheurs est de reconstituer numériquement l'aspect de la ville de Rome depuis sa fondation, un millénaire avant Jésus-Christ, jusqu'à la fin de l'Empire romain située (arbitrairement précisent les auteurs) en l'an 552".

Le résultat est amusant mais un peu mo-moche, il faut bien l'avouer. Il serait également intéressant d'avoir l'avis d'un spécialiste quant à la qualité de reconstitution historique.

Museo Prado:


Le projet Google Earth lancé en collaboration avec le musée du Prado à Madrid permet quant à lui d'entrer dans certains tableaux du Musée (14 en tout), en zoomant sur les détails, exactement comme quand on cherchait sa maison, sa rue ou son bureau sur le même site.

"Une reproduction digitale ne peut se substituer à l’oeuvre originale mais nous avons atteint un niveau de résolution prodigieux, qui permet d’arriver à des détails que jamais on ne pourrait voir à l’oeil nu", précise M. Zugaza, directeur du Prado.

Il est même possible de visualiser les restaurations de tableaux comme celle du "Jardin des Délices" de Jérôme Bosch. En particuler pour ce tableau, c'est un bonheur que de pouvoir s'y perdre à la loupe, avec tous ces détails qu'on ne voit jamais vraiment. Le résultat est saisissant, et moi le projet m'emballe complètement. (lire l'article du Guardian)

Je ne peux m'empêcher de penser que cette inititative aurait titillé Walter Benjamin et André Malraux, eux qui ont initié la réflexion du devenir de l'oeuvre d'art "à l'époque de sa reproduction mécanisée" (pour reprendre le titre du fameux essai de Walter Benjamin).

Sans doute Benjamin aurait-il crié au scandale, invoquant le dépérissement de l'authenticité et de l'aura de l'oeuvre... tandis que Malraux de son côté aurait plutôt argué que cette nouvelle approche technologique ne peut qu'élargir le musée imaginaire de chacun (même celui du coach potato). De plus elle confère à nouveau une présence insoupçonnée à des oeuvres archi-connues, grâce au cadrage et au close-up totalement neufs.

Du point de vue pratique, il suffit de télécharger le logiciel de Google Earth (gratuit, ahhhhh vive Google) et puis de chipoter dans les onglets pour trouver le bon dossier. Et comme c'est google, c'est très simple.

Bonne visite!
Ill: Jérôme Bosch, Le Jardin des Délices: détail

Commentaires

Never effect a dit…
Ils sont fous ces googles!
Disneylandisation et gadgetisation des musées comme dirait Monique Renaud... Je ne donnerai pas mon avis la dessus :-D
Pradoland, hahaha!de toute façon si tu veux mon avis, ces oeuvres ne devraient pas être au musée (oula c'est un peu radical peut-être)n'empêche, réussir à voir des détails comme la larme de Jean dans le tableau de Van der Weyden, de si près, moi ça m'émeut, mais je suis très sentimentale sans doute
Never effect a dit…
T'as raison, elles seraient mieux dans mon salon...:-)

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