Ecriture automatique

Quel écrivain n'a pas un jour rêvé de prendre son stylo (ouvrir son pc) et se mettre à écrire dans un état de transe pythique, la main déconnectée du cerveau, des mots qui viendraient sans réfléchir et s'enchaîneraient avec beauté?

C'est au terme d'une quête sur la nature de l'inspiration poétique qu'André Breton le fameux (et machiste) auteur de "Nadja", imagina cette technique consistant à écrire le plus rapidement possible, sans contrôle de la raison, sans préoccupations esthétique ou morale, voire sans aucun souci de cohérence grammaticale ou de respect du vocabulaire. L'état nécessaire à la bonne réalisation est un état de lâcher-prise, entre le sommeil et le réveil (proche d'un état hypnotique). (source: Wikipedia)

Le concept d'écriture automatique suggère que l'écrivain n'est en réalité qu'un entité négligeable dans le processus de création. Il n'est qu'un instrument au service d'un souffle d'inspiration si pas divine, du moins métaphysique et qui le dépasse complètement.

Cela peut sembler surréaliste, et en effet, l'écriture automatique est comme je l'ai dit plus haut, un concept qui a été lancé par le chef de file de ce mouvement en France, André Breton. Cependant, l'idée est beaucoup plus ancienne, et ce n'est pas pour rien que la figure de poète chez les Grecs était associé à celle des devins: tous les deux servent de médiateurs à la parole divine, ce sont eux qui permettent à l'homme d'entrer en contact avec l'invisible.

Ceci dit, je soupçonne Breton de tricherie, car en faisant mes recherches je suis tombée sur l'extrait suivant, un prétendu exemple d'écriture automatique. Jugez-en vous-même: Moi je dis chapeau, si ce texte est entièrement spontané, mais j'en doute fortement.

Texte extrait de "La glace sans tain", Les Champs magnétiques, André Breton et Philippe Soupault:

"Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchantées ne nous touchent plus. À quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie desséchés ? Nous ne savons plus rien que les astres morts ; nous regardons les visages ; et nous soupirons de plaisirs. Notre bouche est plus sèche que les pages perdues ; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n'y a plus que ces cafés où nous nous réunissons pour boire ces boissons fraîches, ces alcools délayés et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs où sont tombées nos ombres mortes de la veille.Quelquefois, le vent nous entoure de ses grandes mains froides et nous attache aux arbres découpés par le soleil. Tous, nous rions, nous chantons, mais personne ne sent plus son coeur battre. La fièvre nous abandonne. Les gares merveilleuses ne nous abritent plus jamais : les longs couloirs nous effraient. Il faut donc étouffer encore pour vivre ces minutes plates, ces siècles en lambeaux. Nous aimions autrefois les soleils de fin d'année, les plaines étroites où nos regards coulaient comme ces fleuves impétueux de notre enfance. Il n'y a plus que des reflets dans ces bois repeuplés d'animaux absurdes, de plantes connues.
Les villes que nous ne voulons plus aimer sont mortes. Regardez autour de vous : il n'y a plus que le ciel et ces grands terrains vagues que nous finirons bien par détester. Nous touchons du doigt ces étoiles tendres qui peuplaient nos rêves. Là-bas, on nous a dit qu'il y avait des vallées prodigieuses : chevauchées perdues pour toujours dans ce Far West aussi ennuyeux qu'un musée".

Ce passage renferme une série de métaphores illustrant la désillusion qui suivit la grande Guerre ainsi que le sentiment d'absurdité et de désespoir de ceux qui en sont revenus.

Bref, c'est tout sauf un texte qui donne une impression d'être totalement irréfléchi...Je veux dire, si moi je tente l'expérience, ça donne ceci:

"Froid, blizard, automne: la ville est à sac mon coeur résonne je tremble d'émotion mais j'ai faim pourquoi ne va-ton pas à l'opéra, ça te dirait une bonne frite à flagey oh non quelle horreur je dois perdre trois kilos"

Oula, je m'arrête ici, sinon je risque de verser dans les confidences...pas pour rien que cette méthode est souvent utilisée par les psy, pour son aspect de "technique libératoire qui permet de faire émerger rêves, désirs, de l'inconscient". (wikipedia)

Il ne faut pas confondre écriture automatique avec poésie dadaïste je pense. Parce que là effectivement ce sont des mots assemblés au hasard et sans préméditation.

Allez, je vous laisse sur ces conseils de Tristan Tzara pour écrire un beau poème dada:

Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longeur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez conscienseusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.

Commentaires

Lita a dit…
Gherasim Luca, assez association libre dans son genre:
"Je te flore

Tu me faune

Je te peau
je te porte
et te fenêtre

tu m’os
tu m’océan
tu m’audace
tu me météorite

Je te clef d’or
je t’extraordinaire

tu me paroxysme
Tu me paroxysme
et me paradoxe

je te clavecin

tu me silencieusement
tu me miroir

je te montre

Tu me mirage

tu m’oasis
tu m’oiseau
tu m’insecte
tu me cataracte

Je te lune

tu me nuage
tu me marée haute

Je te transparente

tu me pénombre
tu me translucide
tu me château vide
et me labyrinthe
Tu me paralaxe
et me parabole
tu me debout
et couché
tu m’oblique

Je t’équinoxe
je te poète

tu me danse

je te particulier

tu me perpendiculaire
et soupente
Tu me visible
tu me silhouette
tu m’infiniment
tu m’indivisible
tu m’ironie

Je te fragile
je t’ardente
je te phonétiquement

tu me hiéroglyphe
Tu m’espace
tu me cascade

je te cascade

à mon tour mais toi
tu me fluide
tu m’étoile filante
tu me volcanique

nous nous pulvérisable
Nous nous scandaleusement
jour et nuit
nous nous aujourd’hui même

tu me tangente

je te concentrique

Tu me soluble
tu m’insoluble
tu m’asphyxiant
et me libératrice
tu me pulsatrice
Tu me vertige
tu m’extase
tu me passionnément
tu m’absolu

je t’absente

tu m’absurde (...)

Je t’amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte"
merci beaucoup, je ne connaissais pas! et le dernier paragraphe est très sexy :)

Je t’amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte"

waw!

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