Fabrice Luchini et le théâtre
A lire dans le Monde, l'interview de Fabrice Luchini, dont je recopie ci-dessous les passages qui m'ont le plus marquée. (Luchini, on aime ou on n'aime pas, moi il me fait hurler de rire)
Vous dites que c'est pour résister au complot de la bêtise et de la médiocrité que vous avez conçu votre spectacle, "Le Point sur Robert" (...)
Pour résister, oui, à la haine de l'intelligence, partagée par la gauche et la droite. La gauche parce qu'elle refuse l'excellence au nom de l'égalité, la droite parce qu'elle est obsédée par les contingences matérielles, la gestion, le rendement, et qu'elle ne voit l'art que comme un objet de consommation. Je voulais faire un spectacle agressif contre l'époque, cette époque que je déteste, que je trouve démagogique : à gauche, le nivellement par le nombre, à droite - cette droite actuelle, affairiste et vulgaire -, l'exploitation par l'abrutissement.
Vous renvoyez la droite et la gauche dos à dos ?
Je crois qu'en fait je suis profondément un homme de gauche qui, par passion de la pureté, n'accepte pas le cabotinage, le pathos ni les compromissions des hommes de gauche, et qui du coup s'est transformé en réactionnaire - pas politiquement : je ne vote pas. Je me méfie comme la peste des déclarations généreuses, des grandes leçons. Le philosophe Gilles Deleuze a dit une chose qui me trouble beaucoup : "Un homme de droite pense que la vie s'arrête sur son palier. Un homme de gauche pense que l'Afrique existe." En ce sens, je suis très homme de droite. J'ai un côté célinien : rien de ce qui est sordide dans l'humain ne m'est étranger. J'ai une idée assez médiocre de moi-même, et je me dis que j'ai déjà du mal à gérer ce qui se passe sur mon palier...
Vous avez l'impression d'être dans une position rare aujourd'hui ?
Oui, parce qu'il y a soit le théâtre subventionné, où l'on est entre soi, soit le théâtre privé, qui est à l'agonie, et surexploite une convention morte : il faut que ça rapporte, alors ils ressassent les mêmes recettes, les mêmes vedettes, et sont incapables d'innover, de perturber, de troubler. Moi j'aime être élevé par des génies, mais aussi rire, rire, rire, et ne pas m'ennuyer. Rire avec Nietszche, quand il dit : "On ne tue pas par la colère, mais on peut tuer par le rire. Alors, tuons l'esprit de pesanteur."

Commentaires
Je viens justement (quel hasard) de le voir intervenir dans un débat véhément entre Naulleau et Bergé :
Luchini avec Naulleau vs Bergé