Martin Margiela: Fashion meets art

Bruxelloise d'origine et de conviction (on ne naît pas seulement Bruxellois, on le devient, pour paraphraser l'autre), j'avoue, je regarde avec beaucoup de dédain ce qui se passe en dehors de la capitale... Non, pire, je ne regarde même pas! Car le Bruxellois doc est assez snob, et considère, ô horreur, qu'au-delà de 1000-1050 Bxl, c'est la zone!

Quelle petitesse, étroitesse, ridiculness de l'esprit... (j'espère en m'autoflagellant récupérer les trois lecteurs liégeois que je suis en train de vexer mortellement, mais ça craint)


Je m'en suis rendue compte ce we, hors de Bruxelles, il y a ... Anvers! Et Anvers, c'est presque mieux que Bruxelles: il y pleut davantage, les wafels y sont plus moelleuses, mais surtout, à Anvers ils ont la MODE! Fashion, mes amis, c'est ça Anvers: arty, swingy, cool et dans le vent.

Mais ça n'a pas toujours été le cas: avant on devait se contenter de Rubens et des diamants. C'est au début des années 80 que tout a changé, lorsque Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Dries van Noten, Dirk van Saene, Walter van Beirendonck et Marina Yee obtiennent leur diplôme de stylisme à l’Académie Royale des Beaux Arts (heu pardon: Koninklijke Academie der Schoone Kunsten van Antwerpen). Ensemble ils se font connaître sous le nom des “Six d’Anvers” en devenant les enfants terribles de la mode, avant-gardistes et insolents, bouleversant les codes établis, pour la plus grande joie de tous.

Beaucoup le considèrent comme le "septième" d'Anvers, car il y a aussi étudié, et au même moment que les six autres (c'est marrant, on a l'impression qu'il ne manque que Blanche-Neige): j'ai nommé Martin Margiela. Martin Margiela est sans doute le plus "iconoclaste" des sept, et son approche a le même impact que celui de Duchamp en art, j'ose le dire. D'ailleurs on a qualifié celle-ci de "méta-mode": c'est-à-dire que c'est de la mode qui parle de la mode.

Comme il joue sans cesse avec les règles implicites du genre, n'hésitant pas à montrer les coutures, dénouer pour renouer les fils et ficelles de ses créations, on a qualifié ce style ultra nouveau de "déconstruction". La déconstruction, c'est quand on montre les "échafaudages" derrière l'oeuvre, quand on "démonte" un genre pour en montrer ce qui semblait évident mais qui n'est en réalité que le résultat de "constructions" sociales, morales, esthétiques etc...

Déconstructioniste, Margiela l'est aussi dans son attitude envers les medias: évitant le culte de la personnalité propre au star system du monde de la mode, Martin Margiela cherche au contraire à développer un culte de l’impersonnalité en s’affranchissant des conventions de l’industrie de la mode (source ici). Ni photo ni interview directe, il s'efforce de rester caché pour "laisser parler le vêtement" seul, comme on le voit dans ce petit film (malgré la voix crispante de la journaliste)


L'exposition est très réussie et met bien en évidence les différentes composantes de l'art de Margiela. A aller voir, c'est clair (et allez, les Bruxellois: Anvers n'est qu'a 30 minutes de la capitale!)

Ill: Doll's collection: vêtements de barbie agrandis à taille humaine, en gardant les disproportions originales propres aux vêtements de poupées.


Ill: "Silhouettes": sur un mur blanc, des mannequins vêus de noir se profilent avec netteté, et donnent un caractère suréaliste aux vêtements. Est-ce encore de la mode?

A lire: cet excellent compte-rendu de l'exposition sur le site Fashion Projects.

Commentaires

Et merci Matteo pour cette découverte :)