Eblouissante Rusalka à la Monnaie

Plus connu pour ses symphonies que pour ses compositions de chant lyrique, Dvorak a néanmoins pondu un opéra dans sa vie, et ce fut la Rusalka.
Inspirée (entre autres) de la Petite Sirène d'Andersen, l'histoire de la nymphe Rusalka qui tombe amoureuse d'un humain est ici audacieusement mise au goût du jour. De nymphe elle est devenue putte nymphette, dans le bordel du Roi des Eaux, un peu maquereau à ses heures c'est évident. Mais cette vie de poupées gonflables et paillettes sur hauts talons la fatiguent; elle rêve du véritable amour avec un homme véritable, et demande pour cela à la sorcière (ici, la sdf à la sortie du métro) de la changer en femme. "Malheur, malheur" tonne le mac' popopopom popopom, lui répondent les cuivres, gligliglignnnnglignn glisse la harpe : les antennes paraboliques du décor se transforment en faces de lunes, Rusalka est élevée sur un podium étrange (une colonne Morris), et c'est suspendue à moitié dans le vide qu'elle entonne le célèbre « air de la Lune »
Petite lune si haute dans le ciel,
Ta lumière transperce le lointain,
Tu vas de par le vaste monde,
Tu vas jusque chez les humains.
Arrête-toi un instant,
Dis-moi, où est mon amour ?
Dis-lui, lune argentée,
Que pour moi tu l'entoures de tes bras,
Tu lui pour qu'au moins un instant,
Il se souvienne de moi en songe.
Et dis-lui que je l'attends,
Éclaire- le là-bas, très loin,
Et si j'apparais en songe à cette âme humaine,
Fasse qu'elle s'éveille avec ce souvenir,
Lune, ne te cache pas, ne te cache pas, Lune, ne te cache pas !

Impossible de rendre en mots l'incohérente mise en scène qui vacille du kitsch à l'émouvant, sortie de l'imagination fertile du jeune, surprenant, audacieux et beau metteur en scène Stefan Herheim. A part quelques détails anti-religieux d’une banalité un peu convenue, comme ces nonettes en fouffe aux dessous dévoilés, le spectacle est grandiose et la magie bien présente.

La spécialité de Herheim est de faire correspondre étroitement l'action on stage avec la musique de l'orchestre. Dès le début et tout au long de l'histoire, les tonalités de la partition, ses rebondissements, ses coups de théâtre, ses popopopom ses glinglinglinglgin et TATATAM sont illustrés et rendus fidèlement par la mise en scène, parfois privée de chant pendant de longues minutes.

D’ailleurs, on peut reprocher à une mise en scène aussi envahissante de causer du tort au chant, en l’occultant un peu, mais vu que c’est Dvorak, personne ne s’en plaindra.

Un beau spectacle à aller voir, en mettant de côté ses attentes d’une narration logique et linéaire car Herheim n’hésite pas à brouiller les cartes… Les personnages sont multipliés , dédoublés, transformés, c’est le flou total. Un conseil : lisez le résumé avant de sortir, et puis oubliez-le aussi sec pour vous laisser envoûter par le monde aquatique de la pauvre nymphe tchèque.
ici: la Nebtrenko dans l'air de la Lune

Commentaires

Never effect a dit…
J'y vais mercredi!! :-)
tu me diras ce que tu en penses!
Never effect a dit…
J'ai beaucoup aimé!! :-) Un peu "facile" par moments mais ça restait beau.
Tu va voir Death in Venice de Britten?

Chris

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