Au royaume des aveugles...
Et peu comme dans 28 days later ou I am Legend, le film met en scène une épidémie fulgurante qui décime en quelques temps une bonne partie de la planète. Miam: rien de tel qu'un peu d'apocalypse pour se sentir vivant, c'est un peu ça le principe de la catharsis, non?
Mais l'originalité du scénario est d'imaginer une maladie qui rende les gens aveugles (on est loin de l'ambiance gore des morts vivants de Danny Boyle!), donnant au film une tournure métaphorique peu commune au genre Armageddonnesque. Pardon pour ce néologisme. Et nous voilà embarqués dans une fable humaniste autour des questions existentielles, telles, en vrac: "qu'est-ce qui fait de nous des hommes, quel est le rôle de notre conscience dans des cas extrêmes, le bien et le mal, et la véritable cécité est-elle physique ou morale? etc"
Dit comme ça, ça peut sembler bateau, et on le frise parfois de près, il faut bien l'avouer. Cependant les quelques lourdeurs du scénario sont totalement pardonnées au vu de l'éblouissante prouesse technique. Car le tour de force du réalisateur est d'avoir réussi à si bien jouer de sa caméra que le spectateur se sente à plusieurs reprises perdre pied lui-même: on cligne des yeux, on tâtonne, on hésite avec les acteurs, comme si nous aussi étions devenus aveugles. Fernando Meirelles explique comment il s'y est pris:
"Je crois que la principale difficulté, c'est la relation qu'on établit avec le regard. Puisqu'ils jouaient des aveugles, les acteurs ne devaient jamais regarder la caméra : ça risquait d'empêcher le public de s'identifier aux personnages, et de rendre 'Blindness' très froid. Du coup, je me suis demandé comment mettre les spectateurs dans cette ambiance d'aveuglement en utilisant, paradoxalement, des images. Il a fallu que je trouve le moyen de déconstruire les images en utilisant énormément les reflets, les gros plans, pour qu'on ne sache jamais d'où elles viennent. Du coup, on ne peut jamais se fier à ce qu'on voit, beaucoup de choses se déroulent hors cadre. J'ai vraiment séparé le son et l'image. Dans 60 % du film, on ne voit pas la personne qui parle, ou bien il s'agit de pensées, il n'y a aucun mouvement de bouche. Dans les quarante-cinq dernières minutes, il n'y a que six minutes de discours direct, le reste est composé de voix off ou de son décalé… C'est avec ces procédés que j'ai voulu retranscrire l'aveuglement. Mais c'était difficile ; je pense d'ailleurs que certains ne se sentiront pas touchés par le film".
Une audace éblouissante, au contraire, et je m'arrêterai là afin de ne pas tomber dans les jeux de mots bébêtes sur le titre.
Lire l'interview du réalisateur sur Evene: Un certain regard
Blindness: fiche résumée:
Réalisateur: Fernando Meirelles
Distributeur : Pathé Distribution
Sortie en salle : 08/10/2008
Film brésilien, canadien et japonais en couleur, 2008
Durée : 1 h 58
Adapté du roman 'L' Aveuglement' de l'écrivain portugais Jose Saramago, prix Nobel de littérature en 1998.

Commentaires
des bonnes lectures pour l'hiver, merci!