Digressions
En somme comme on dit, je vous propose plutôt un jeu d'associations d'idées.
Tout a commencé ce matin avec mon envie de mettre enfin une belle photo sur ce blog. Au hasard des links et sites consultés, me voilà tomber raide devant cette photo de la reine Elizabeth II. Waw me dis-je, ça c'est une photo royale! Même si apparemment pas assez selon la reine, qui aurait protesté quand la photographe lui a demandé d'enlever sa couronne (elle voulait que ce soit less dressy!). N'empêche le résultat fait penser à un portrait d'Ingres recuisiné à la mélancolique sauce Brontë.
L'artiste n'est autre que la (très) fameuse Annie Leibovitz, vous savez, celle qui a fait des photos de groupes de toutes les stars les plus glamoures (on dit UNE star, hein?) qui existent en ce moment. Je ne vous raconte même pas la brochette fantasme (allez on joue les midinettes), Hugh Grant aux pieds de Jude Law, miam.
"What is interesting is she (Yoko Ono) said she'd take her top off and I said, 'Leave everything on' — not really preconceiving the picture at all. Then he curled up next to her and it was very, very strong. You couldn't help but feel that she was cold and he looked like he was clinging on to her. John said, 'You've captured our relationship exactly. Promise me it'll be on the cover.' I looked him in the eye and we shook on it."
L'histoire de cette photo est aussi tragique, car 5 heures plus tard, John Lennon se faisait tirer dessus dans le hall d'entrée de son immeuble, sous les yeux effarés de Yoko Ono. Le psychopathe s'appelait Mark David Chapman. On a beaucoup glosé sur ce meurtre, en raison de son côté extrêmement théâtral. En effet, en attendant la police, le criminel n'a rien trouvé de mieux à faire que de bouquiner aux côtés de la rock star refroidie. Le livre dans lequel il était plongé s'intitulait The Catcher in the Rye. Ce roman-culte a été écrit par l'américain Salinger et met en scène les pires cochonneries d'un ado en quête de sens, nommé Holden Caulfield (un nom très romanesque non?), dans le New-York des années 50.
Très romanesque l'a aussi été la déclaration de Chapman lors du procès: "I’m sure the large part of me is Holden Caulfield, who is the main person in the book. The small part of me must be the Devil."
Enfin, pour en revenir à notre Annie Leibovitz, il me reste à noter que pendant des années elle a eu une relation romantique avec Susan Sontag. Si vous aviez étudié germaniques comme moi vous sauriez que Sontag c'est une grosse pointure littéraire des années 60/70, notamment pour son essai "Against interpretation" où elle s'insurge contre l'interprétation intellectualisée des oeuvres d'art, comme si cela détournait de l'expérience purement sensuelle de l'oeuvre. A mon humble avis, c'est idiot, parce que le cerveau n'empêche pas les émotions, et qu'au contraire celles-ci peuvent se trouver décuplées quand on les passe au travers du filtre de l'intellect.
Il n'en reste par moins que cet essai est brillant, et que je vous le conseille.
Bref. De la reine Elizabeth II à Susan Sontag en passant par Salinger et Yoko Ono, finalement le monde est petit, et moi je vais peut-être arrêter de gambader (pour aujourd'hui!).

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