Corps du délice
S'il y a bien deux mondes qui se rencontrent rarement, c'est ceux de la Justice et de l'Art, à tel point que la Justice a souvent été représentée les yeux bandés!
Enfin une exposition qui pourrait peut-être lui ouvrir de nouveaux horizons... "Corpus Delicti" est le titre de cette initiative, qui, comme son nom l'indique, se présente comme réflexion sur le corps-objet de délit pris dans l'engrenage de la justice. C'est une mise en scène de l'humain dans un décor inhumain, écrasant comme une sentence capitale, une pierre tombale, un cauchemard de Kafka.
Depuis le 29 septembre dernier, sur l'initiative audacieuse de Florent Bex, ancien directeur du Musée Mukha d'Anvers, et Benoît Noël, président de Brussels Art Central, l'art contemporain (surtout belge si je ne m'abuse) s'expose au palais de justice place Poelart, avec des stars de renommée internationale tel Wim Delvoye, et Jan Fabre.
Et ça marche! Le palais de Justice bruxellois se prête merveilleusement bien à cette relecture insolente de ses espaces grandiloquents. A part deux ou trois "brolles" comme on dit en bruxellois des Marolles (le quartier voisin), les oeuvres exposées sont d'une très belle qualité, et s'insèrent harmonieusement dans les immenses vides de la bâtisse. Au hasard de ses pas perdus, le visiteur rencontre ici un petit enfant malade assis dans un couloir, là ce mendiant accroupi sous le regard sévère des bustes de magistrats du 19e siècle, plus loin ce cheval empaillé dramatiquement éclairé... Une occasion aussi de redécouvrir cet endroit, somptueux et mégalo comme l'ambition d'un roi belge qui aurait peut-être oublié la taille réelle de son plat pays!
Belle initiative donc, à encourager pour une ville qui manque parfois si cruellement d'audace dans ses projets culturels...
RDV pour le finissage, le 20 novembre prochain?

Commentaires