L'avenir de l'homme, c'est la femme...
... disait Louis Aragon en 1963, en ajoutant: "Elle est la couleur de son âme."
Et de s'expliquer: "Je suis l'ennemi de ce règne de l'homme qui n'est pas encore terminé. Pour moi, la femme est l'avenir de l'homme, au sens où Marx disait que l'homme est l'avenir de l'homme." En d'autres termes, pour Aragon la femme représente le perfectionnement de l'homme; l'homme au terme de la dialectique historique sera devenu une femme.
Pardon de décevoir les lecteurs romantiques amateurs de formulations poétiques, mais considérer la femme comme la couleur de l'âme de ces messieurs, me semble au contraire relever sournoisement du plus grand sexisme. De même que l'invention stupide de cette journée de la femme du 8 mars. Je me demande comment il est encore possible de considérer le genre féminin comme une minorité en mal de reconnaissance ayant droit à sa journée spéciale, au même titre que le Patrimoine canadien (16 février), les Lépreux (30 janvier) et les Zones Humides (2 février) (Si vous ne me croyez pas, allez voir le site des journées internationales, définies comme des journées dédiées à un thème particulier, décrétées par l'ONU pour attirer l'attention sur des enjeux internationaux importants ou promues par des institutions ou des associations, et largement suivies par le monde) Après, comment s'étonner de ce genre de remarques: "C'est vous qui avez voulu l'égalité hein", généralement énoncées par des goujats pour justifier leur goujatterie.
Quelle magnanimité.
Bon je ne nie pas l'extrême complexité de la question hommes-femmes, et c'est sûrement très bien de s'en rappeler un jour par an, le 8 mars. Je regrette seulement qu'on n'ait pas baptisé cette journée plutôt "Journée internationale de la Guerre des Sexes", ou bien, plus sérieusement, "Journée de l'Avenir", puisuqe l'avenir de l'homme c'est la femme.
"On ne naît pas femme, on le devient" disait Simone de Beauvoir (dont on peut admirer les fesses sur la photo ci-dessus), qui voulait attirer l'attention sur la définition idéologique sociologique et culturelle du "sexe faible". Il ne faut cependant pas ignorer la part naturelle du fait d'être femme. Difficile, sous peine d'aliénation, de nier les hormones, les bébés et les courbes (d'où le choix de cette photo).
Un article récent des Echos, montre ainsi que la crise financière de 2008 n'aurait jamais eu lieu si le milieu des banques avait comporté davantage de femmes. Les hommes prennent plus de risques que les femmes, c'est hormonal. Et "plus le trader a de testostérone, plus il gagne d'argent - ce qui signifie qu'il a pris davantage de risques". La conclusion disait non sans humour: "Lehman Sisters n'aurait pas pris les mêmes risques que Lehman Brothers. » (merci Billie pour cet article)
Il y a aussi la question ultra rabachée de la grande rareté des femmes écrivains ou artistes...ou même chefs-coqs! Et que dire de l'absence totale de celles-ci en philosophie (pardon Hannah Arendt)...La philosophie est-elle également le produit d'un supplément de testostérone? (sans doute la raison pour laquelle Hannah Arendt avait de la moustache?). Il est remarquable de constater avec quelle précocité les femmes ont été éjectées de ce domaine, puisque déjà Platon déclarait (dans le Banquet) que "le sexe masculin, [est] naturellement plus fort et plus intelligent", et que l'amour de la sagesse est avant tout une affaire d'hommes.
De nos jours, le meilleur moyen de prendre le poul de notre planète en matière de sexisme, est d'interroger la nouvelle Pythie: Google. Comme l'établissait Jean Veronis en 2005 dans un article à propos la fonctionnalité de Google nommée "Google define", la femme selon Google est (entre autres) un "ensemble de courbes qui font redresser une ligne". C'est élégant. Essayez vous-même: il suffit d' entrer dans le moteur de recherches:
"define: femme" (résultat ici)
et, pourquoi pas aussi (pour comparer):
"define: homme". (résultat ici)
Sur les treize définitions recensées par Google, j'en relève au moins quatre (et je ne suis pas très susceptible) que je trouve plutôt injurieuses pour la femme, tandis que celles à propos des hommes sont beaucoup plus neutres et plus sobres.
La question à se poser, et sans doute pourrait-on faire appel aux travaux des anthropologues, est de savoir à quel moment de l'histoire de l'humanité a-t-on dérapé? Quand les femmes ont-elles commencé à se laisser faire, à permettre aux hommes de les traiter en inférieures, les priver d'éducation, de liberté, parfois même d'âme? Comment cela est-il arrivé et pourquoi? Et qu'on ne vienne pas me dire que c'est juste une question de qui frappe le plus fort.
Olalah, j'espère ne pas m'aliéner tout mon lectorat masculin avec un article aussi revanchard (Jean, épargne moi les commentaires ad hominem (!), stp). Et bien j'irai jusqu'au bout, quitte à passer pour la vieille fille aigrie et poilue, et vous propose le premier draft d'un manifeste du post-féminisme (retenez donc cette date, elle est historique!).
A lire dans le post suivant, parce qu'ici ça devient un peu trop long...
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