Ecrire l'écriture
Discussion de fin de soirée - quand l'atmosphère devient nostalgique et légèrement alcoolisée.
On peut s'imaginer en été - ou au contraire se figurer un grand feu et des températures en-dessous de zéro. Bien sûr, c'était avant (et on espère après) la période de confinement.
On peut s'imaginer en été - ou au contraire se figurer un grand feu et des températures en-dessous de zéro. Bien sûr, c'était avant (et on espère après) la période de confinement.
MOI : Tu te souviens de l’histoire que nous avait
racontée notre professeur de latin?
ELLE : Laquelle ?
MOI : C’était une histoire juive, il me semble, celle d’un homme pieux qui
désespérait de la race humaine, parce que tous les hommes étaient devenus des
mécréants.
ELLE : ça ne me dit rien...
MOI : Alors il s’était enfermé dans une grotte très
loin dans la montagne et il s’était mis à prier : « Seigneur,
donnez-leur un signe de votre existence, montrez-leur que vous
existez ! ». Il était tellement plongé dans sa prière qu’il avait
arrêté de manger, de boire, de dormir, il ne faisait rien d’autre que supplier
son Dieu toute la journée, pour que Celui-Ci envoie un signe aux hommes.
ELLE : Et alors ?
MOI : Peu à peu, le bruit s’était répandu qu’un Saint
Homme dans la montagne priait tellement qu’il vivait sans boire, ni manger, ni
dormir, jour après jour, et les hommes et les femmes des alentours vinrent pour observer ce phénomène étrange. Petit à petit ils tombaient à genoux
autour de lui, et on venait de plus en plus loin pour voir le Miracle et le
Mystère de cet ermite, cet homme Saint.
ELLE : Oui, je me souviens à présent. A la fin, le Saint
Homme se réveille comme d’un songe. Il regarde autour de lui, abasourdi de se voir entouré de tant d’hommes et de femmes à genoux, occupés à
prier avec lui.
MOI : Mais oui! Il était devenu le Signe qu’il avait demandé à son Dieu.
ELLE : Tout à fait. Et pourquoi tu me parles de ça ?
MOI : Il me semble que ça fait si longtemps que j’écris
que je souhaite écrire, que je suis devenue comme le saint homme. Que la seule
chose dont je suis sûre c’est qu’à force d’écrire que je veux écrire, j’aurai
au moins écrit une chose, et que cette chose est mon désir d’écrire.
Nous rions, et elle me ressert un verre.


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