Le mariage est incompatible avec la philosophie...
... c'est Nietzsche qui l'a dit, pas moi! Dans "la généalogie de la Morale" que je suis en train d'achever (2 titres en 4 mois: à ce rythme-là, mon pari est assez compromis de nouveau) (mais je persévère, diabolicum!!), le philosophe aborde la question de l'idéal ascétique, du philosophe et du mariage.
Cependant, loin de former un discours anti-mariage conventionnel et bébête, les arguments de Nietzsche me frappent pour leur pertinence, et je connais certain(e)s célibataires qui pourraient bien dorénavant les utiliser pour défendre une légère hantise de la bague au doigt!
Voici l'extrait:
"Toute bête, la bête philosophe comme les autres, aspire instinctivement à un optimum de conditions favorables lui permettant de déployer toute sa force et d'atteindre le maximum du sentiment de puissance; toute bête déteste non moins instinctivement, et avec un flair d'une finesse "supérieure à toute raison", tous les trouble-fête, tous les obstacles qui surgissent ou pourraient surgir sur son chemin vers l'optimum (ce n'est pas de son chemin vers le "bonheur" que je parle, mais de son chemin vers la puissance, vers l'action, vers l'activité la plus puissante, en fait dans la plupart des cas son chemin vers le malheur). Ainsi le philosophe a horreur du mariage et de tout ce qui pourrait l'y conduire: - le mariage comme obstacle fatal sur son chemin vers l'optimum. Quel grand philosophe a été marié? Héraclite, Platon, Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, Schopenhauer ne l'étaient pas: bien plus, on ne peut même pas les imaginer mariés. Un philosophe marié est à sa place dans la comédie, voilà ma thèse: et Socrate, qui fait exception, ce malicieux Socrate s'est sans doute marié ironice, précisément pour démontrer la vérité de cette thèse"...
Mais Nietzsche poursuit:
"L'idéal ascétique indique tant de chemins vers l'indépendance qu'un philosophe ne saurait entendre sans jubiler et sans l'approuver en lui-même l'histoire de ces hommes résolus qui ont un jour dit non à toute servitude pour s'en aller dans quelque désert... Que signifie donc l'idéal ascétique chez un philosophe? Voici ma réponse - on l'aura deviné depuis longtemps: le philosophe sourit à sa vue comme à un optimum des conditions de la spiritualité la plus haute et la plus hardie, - et par là il ne nie pas "l'existence", il affirme au contraire son existence, il n'affirme que son existence, au point, peut-être qu'il n'est pas loin de ce voeu criminel: pereat mundus, fiat philosophia, fiat philosophus, fiam!... (que périsse le monde, mais que la philosophie soit, que le philosophe soit, que je sois!)
Ainsi donc, Nietzsche prétent que les philosophes qui usent de l'idéal ascétique comme ligne de conduite en tirent souvent une jouissance égoïste, égocentrique et égotique, bien plus grande que celle d'une normalité banale. Se marier? C'est pour les ploucs, en gros.
Enfin, et Nietzsche himself? Le philosophe allemand n'a jamais été marié, on s'en doute. Par contre il vécut une histoire d'amour aussi courte que malheureuse (dont je reparlerai) suite à quoi il sombra dans une profonde dépression et écrivit "Ainsi parlait Zarathoustra". Comme quoi, nous devons peut-être ce chef d'oeuvre du philosophe à son malheur amoureux!
Il y a d'ailleurs ce très bel extrait dans Zarathoustra, sur le mariage justement, qui conclut:
"Il y a de l’amertume dans le calice, même dans le calice du meilleur amour. C’est ainsi qu’il éveille en toi le désir du Surhomme, c’est ainsi qu’il éveille en toi la soif, ô créateur ! Soif du créateur, flèche et désir du Surhomme : dis-moi, mon frère, est-ce là ta volonté du mariage ? Je sanctifie telle volonté et un tel mariage. – Ainsi parlait Zarathoustra. "

Commentaires