Peu de chose et presque trop
Werner Sombart est un économiste et sociologue allemand mort en 1941 à Berlin. Il est le chef de « la jeune école historique » et l'un des chercheurs en sciences sociales européens les plus remarquables du premier quart du XXème siècle (Wikipédia)
Je raconte ça parce que je suis tombée sur les mémoires de son fils Nicolaus Sombart, qui lui rend hommage dans cet ouvrage intitulé "Chronique d'une jeunesse berlinoise". C'est un passage émouvant et j'ai envie de le partager ici:
"Après les cérémonies funéraires, nous montâmes avec ma soeur dans la chambre de notre père et cherchâmes dans son bureau, ses placards et toutes sortes de caisses ses affaires personnelles. (...)
Je découvris, dans la partie intérieure et cachée du portefeuille de mon père une petite feuille de papier déjà un peu jauni, avec des plis, sur lequel il avait écrit de sa main un poème de Paul Verlaine. Pas Goethe: Verlaine, le poète maudit. Je le cite entièrement, parce qu'il tire le bilan d'une vie, exprime sans voile ni code le credo secret d'une existence problématique. C'était cela son testament.
"Après les cérémonies funéraires, nous montâmes avec ma soeur dans la chambre de notre père et cherchâmes dans son bureau, ses placards et toutes sortes de caisses ses affaires personnelles. (...)
Je découvris, dans la partie intérieure et cachée du portefeuille de mon père une petite feuille de papier déjà un peu jauni, avec des plis, sur lequel il avait écrit de sa main un poème de Paul Verlaine. Pas Goethe: Verlaine, le poète maudit. Je le cite entièrement, parce qu'il tire le bilan d'une vie, exprime sans voile ni code le credo secret d'une existence problématique. C'était cela son testament.
La vie est vaineQu'un intellectuel colossal comme ce Sombart, dont la bibliothèque comptait plusieurs milliers de livres, et ses propres traités plusieurs milliers de pages, résume la vie en ces trois strophes désabusées, cela a dû faire un choc!
Un peu d'amour
Un peu de haine
Et puis - Bonjour!
La vie est brève
Un peu d'espoir
Un peu de rêve
Et puis - Bonsoir
La vie est bête
Un peu d'ennui
Un peu de fête
Et puis - Bonne Nuit!
Ce qui est marrant c'est qu'en essayant de trouver ce poème sur google (ce corpus gigantesque auquel un savant comme Nicolaus aurait rêvé sans doute d'avoir accès) je n'ai trouvé nulle part la référence au "poète maudit", mais bien à un poète belge, inconnu au bataillon, du nom de Léon de Montenaeken. Il aurait écrit un recueil mystérieusement intitulé "Peu de chose et presque trop", qui contient ces quelques lignes. Cependant, il n'était l'auteur que des deux premières strophes, et on pourrait imaginer que le vieil allemand, qui parlait aussi bien français que latin, grec, italien, roumain, etc l'ait complété lui-même...
Ce n'était pas Verlaine donc, mais un Léon bien de chez nous, comme cette chaîne de restaurants moules-frites à la fraîcheur douteuse.
Mais je profite de la transition offerte par Verlaine pour vous faire écouter ceci:

Commentaires