Retrouvez le Trouvère à la Monnaie - jusqu'au 6 juillet 2012
Allez courage: l'intrigue sentimentale n'est vraiment pas sophistiquée. Une soprano est amoureuse d'un ténor, et dédaigne donc le baryton. Baryton pas content supprimer Ténor, tandis que Soprano se tuer elle-même pour tenter de sauver Ténor. Vraiment triste histoire. A cela se greffe un passé sombre, fait de gitane jetée au feu par feu le père de Baryton (le Conte di Luna, méchant aristocrate), et que sa fille (de la gitane, pardon) doit venger en tuant l'un des deux nobles fils (du Comte, on s'entend) - mais qui par une affreuse méprise tue le sien propre...et adopte celui du comte. Ce n'est que lorsque le cruel Baryton supprime le Ténor d'un coup de revolver (bambambam - le pistolet à eau pète avec violence) que la gitane lui révèle la vérité atroce: "malheureux! c'était ton frère!" et le rideau tombe sur cette vengeance terrible des cendres de la vieille. Pas de retrouvailles donc pour le Trouvère et son frère, si ce n'est, sans doute, dans l'enfer des personnages Verdiens.
J'ai comme l'impression d'avoir embrouillé tout le monde avec ce résumé de l'action. Si vous désirez un compte-rendu plus structuré, allez voir sur Wikipedia, après tout c'est à ça que ça sert.
Quant au reste, que dire de cette nouvelle production (la dernière de la saison) à la Monnaie?
Musicalement: top. Très belle direction de Minkowski, à qui je souhaite donc d'abandonner définitivement le baroque (perso), et beau cast de voix, surtout le baryton Scott Hendricks et la mezzo Sylvie Brunet. Un petit bémol pour le ténor Misha Didyk, mais c'est sans doute parce que j'ai un préjugé envers les rôles de ténors, surtout chez Verdi (pour le dire platement, j'ai l'impression qu'ils sont tous cons).
La mise en scène relevait d'un défi courageux: enfermer à huis clos des personnages dont le drame se déroule normalement en différents tableaux - Rien que pour cela je dis chapeau. A cet effet, la structure narrative que le metteur en scène ajoute dans la première partie (des introductions aux scènes écrites sur le board des sous-titres) fonctionne très bien. L'ennui, c'est le choix du style de décoration du huis en question: murs rouges carmin, boiseries noires, tableaux suspendus à la baroque, et appliques avec abats-jours (Dieu nous vienne en aide pour le pluriel de ce mot): on se croirait dans un intérieur ucclois (la remarque n'est pas de moi, mais je l'adopte) ou même, et c'est plus sévère encore: entre les murs du comique "Mariage de Mademoiselle Beulemans" bruxellois. Mais c'est vache, parce qu'au fond, ça ressemble aussi au décor de la pièce de Sartre, et c'est bien de ça qu'il s'agit ici: une quête existentielle, un trouble d'identité, et finalement la terrible révélation - trop tard - que c'est un frère qui tue son frère - une fois (argh, Beulemans sors de ce corps)!
Mais pourquoi laisser la pauvre mère tzigane saucissonnée sur une chaise pendant tout le deuxième acte? C'est le plus grand reproche que j'ai à faire à cette mise en scène: celui d'être quelque peu statique. Mais enfin c'est aussi le revers de la médaille d'un parti pris stylistique et narratif cohérent... Et dans l'ensemble cette lecture originale du Trovatore par Dmitri Tcherniakov est une réussite, je trovère.
Enfin, la musique de Verdi a fait son effet, et les têtes ont bien dodeliné à l'air le plus connu, "Vedi! le fosche notturne", interprété par des choeurs consignés cette fois dans la fosse, ce qui est une brillante idée (on ne les voit pas, mais on les entend bien).
Je termine avec une mention 'excellent' pour le baryton, le sympa Scott Hendricks, qui est aussi DJ à ses heures perdues et vient du Texas, mais n'a pas voté pour George Bush (je lui ai posé la question).
Il Trovatore
Chanté en italien
Surtitré en français / néerlandais/ anglais
Durée du spectacle: 2h 45'
(1h12 / entracte 25' / 1h05)
Surtitré en français / néerlandais/ anglais
Durée du spectacle: 2h 45'
(1h12 / entracte 25' / 1h05)
La Monnaie, Bruxelles - jusqu'au 6 juillet

Commentaires
Malgré ça, tu me donnes envie de voir le spectacle et de t'engager comme journaliste. Au bûcher les devils!