Laure Lay

Si la sirène de Debussy était française, et donc relativement inoffensive, attention au pouvoir meurtrier de leurs homologues allemandes... La blonde Loreley, assise sur son rocher au bord du Rhin, a longtemps provoqué de tragiques naufrages par ses chants envoûtants. Bien sûr, les Allemands ont eu du mal à admettre l'existence de cette personne maléfique, et ont prétendu pendant des siècles que le haut taux d'accidents à cet endroit du fleuve était causé par "l'avancée du rocher qui réduit d'un quart la largeur du fleuve... le courant très violent et les nombreux rochers immergés" (voir l'article sur wikipedia). Cette soi-disant légende de la Loreley sur son rocher inspira de nombreux artistes, dont le poète allemand Heinrich Heine qui écrivit un poème à son propos en 1824. Il fut mis en musique par le compositeur Friedrich Silcher, et entra dans la culture populaire allemande, comme le prouve cette vidéo absolument délicieusement kitsch (imaginez les longues tables en bois, les bancs, les bocks de bières et les dirndls...c'est comme si vous y étiez):

Les paroles traduites en français donnent ceci:

Je ne sais dire d'où me vient
La tristesse que je ressens.
Un conte des siècles anciens
Hante mon esprit et mes sens.
L'air est frais et sombre le ciel,
Le Rhin coule paisiblement
Les sommets sont couleur de miel
Aux rayons du soleil couchant.
Là-haut assise est la plus belle
Des jeunes filles, une merveille.
Sa parure d'or étincelle,
Sa chevelure qu'elle peigne
Avec un peigne d'or est pareille
Au blond peigne d'or du soleil,
Et l'étrange chant qu'elle chante
Est une mélodie puissante.
Le batelier sur son esquif
Est saisi de vives douleurs,
Il ne regarde pas le récif,
Il a les yeux vers les hauteurs.
Et la vague engloutit bientôt
Le batelier et son bateau...
C'est ce qu'a fait au soir couchant
La Lorelei avec son chant.

 Clara Schumann transposa le même poème en musique également, dans un lied pour soprano et piano:




La légende de la Loreley fut traduite en français par Apollinaire. Ce dernier avait eu vent de l'existence de la sirène germanique alors qu'il était précepteur auprès d'une noble famille de la région. Le poète se reconnut immédiatement dans l'histoire de Loreley la mal-aimée, lui-même souffrant les affres d'un amour non payé de retour pour la jolie gouvernante anglaise qui ne devait pas trop comprendre les douces déclarations de ce frog poète (les gouvernantes ne savent par, comme les princesses, qu'il faut toujours tenter d'embrasser les crapauds....)

J'aime beaucoup le poème d'Apollinaire, qui commence comme un ABRACADABRA!
Mais comme ce post est déjà trop long, vous pouvez lire le poème ici. 

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