Bonnes résolutions
Procrastination is the soul rebelling against entrapment.
( Nassim Nicholas Taleb)
S'il y a bien un moment dans l'année où l'on tente de lutter contre la tendance naturelle à la procrastination, c'est au mois de janvier. Une année toute neuve qui permet des défis tout neufs; un moment où l'on se barde donc de bonnes résolutions. Pour ma part je remets toujours à demain l'idée d'arrêter de fumer et celle de me mettre à courir, par contre, j'ai décidé de remettre le couvert pour une totale, (et ce, malgré le relatif échec de ma Totale Tolstoï ) cette fois: 'totale Nietzsche'. J'ai conscience de ce que cette résolution comporte de sadomasochisme, mais que ceux qui ont cessé depuis le 1er janvier de tirer sur leur clope bienfaitrice me jettent la première pierre.
...et parce que qui dit Nietzsche dit aussi, ou sous-entend, Wagner, j'ai décidé de me lancer dans la découverte de ce compositeur, en parallèle. Et ça tombe bien: La Monnaie programme Parzifal dès le 28 Janvier. Du coup, il y a plein d'activités autour de Wagner à l'opéra en février (calendrier ici)... Peut-être que d'ici là, grâce à cette totale, j'aurai une chance de comprendre les interventions savantes des savants invités, tels que le philosophe Alain Badiou (7 février) entre autres.
Nietzsche et Wagner: c'est une histoire compliquée. Une histoire philosophique d'amour-haine. Nietzsche fait d'abord une petite fixette sur le compositeur, et en parle pendant 20 ans, puis il décide que Wagner c'est nul, c'est décadent. Dans "Le Cas Wagner", le philosophe expose tout son ressentiment envers le compositeur et sa musique 'pour dégénérés', en n'y allant pas de main morte :
"Il est une évidence qui me semble primordiale: l'art de Wagner est malade. Les problèmes qu'il porte à la scène - de purs problèmes d'hystériques - , ce que sa passion a de convulsif, sa sensibilité d'exacerbé, son goût qui exigeait des piments toujours plus forts, son instabilité qu'il déguisait en autant de principes, enfin, et ce n'est pas le moindre symptôme, le choix de ses héros et de ses héroïnes, considérés comme types physiologiques (une vraie galerie de malades!), bref, tout cela forme un tableau clinique qui ne permet pas le moindre doute: Wagner est une névrose."
Le commentaire de Nietzsche prend un certain relief, lorsqu'on se souvient que lui-même a terminé les dix dernières années de sa vie dans un état de démence totale.
Enfin, pour mieux comprendre la relation Nietzsche - Wagner, on peut lire l'article ici, qui conclut:
"... Les problèmes musicaux de Wagner étaient aussi les problèmes philosophiques de Nietzsche. Il suffit ici de refaire mentalement le chemin de pensée de Nietzsche depuis la première rencontre avec Wagner pour comprendre le sens des problèmes qui les unit : l’écho musical de l’infini, le sens du tragique, de la souffrance et de la grandeur de la souffrance, la passion du mystère, la nuit du monde qui est aussi minuit et lumière éternelle. Que Nietzsche ait donné sa réponse et que, par elle (la volonté de puissance comme principe cosmologique), il se soit détaché de Wagner n’enlève rien au fait que cette musique a ouvert sa pensée à ce que doit être la tâche de la pensée : consoner avec « la respiration du monde », c’est-à-dire pour Nietzsche avec la puissance universelle, ondes et flux, rythmes et formes, pures intensités de devenir. Libérer la puissance la plus active." Pierre Montebello, « Nietzsche et la musique », Le Portique [En ligne], 8, 2001

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