Vu! "C'est comme ça et me faites pas chier", au KFdA
C'est un titre provoc et vulgos qu'a choisi Rodrigo Garcia pour cette dernière création présentée dans le cadre du KunstenFestivaldesarts à BOZAR. "C'est comme ça et me faites pas chier": le genre de titre qui me fait fuir en temps normal, tant je redoute par-dessus tout l'étalage narcissico-démocratique de nullité déguisée en grotesque prise de tête intello-bobo. Mais le Kunsten réserve toujours des surprises. Et celle-ci fut bonne, malgré certaines réserves.
D'abord une réflexion d'ordre extra-général: le Kunsten, il faut y aller, et pas qu'une fois. Il n'y a que comme ça qu'on parvient à plonger vraiment dedans, et à comprendre dans sa cohérence l'ensemble de la programmation (malgré les différences entre les pièces présentées, évidemment).
Bref: passons maintenant à l'oeuvre elle-même. Une bonne idée de départ: le récit d'un jeune homme, aveugle (l'acteur l'est réellement), qui raconte la visite de la fresque de Masaccio à Florence qu'il fit avec ses parents à l'âge de six ans, avant de perdre la vue. A cela se mêlent ses réflexions sur le langage, et l'impossibilité de transcrire le réel dans les limites étroites de notre alphabet. Une vision du langage post-moderne, pas très neuve, mais bien ficelée, avec une réflexion qui m'a marquée, sur l'envie qu'ont tous les lecteurs (assidus) de devenir eux-mêmes, un jour, auteurs. Ce sont d'éternel optimistes, ajoutent Garcia (je paraphrase). Donc, dans l'ensemble, on a droit à un beau texte, très dense, malheureusement récité à toute vitesse et de facon achurée par le comédien, qui trébuche parfois sur des bouts de phrase. Par la suite, l'auteur évolue vers une réflexion sur le destin de l'homme dans le monde, privé de Dieu. En prenant cette fameuse fresque de Masaccio pour illustrer son propos , Rodrigo Garcia démontre que ce n'est pas Dieu qui a chassé Adam et Eve du paradis, mais ces derniers qui ont décidé de partir. Car, sortez vos violons, le bonheur ne se trouve pas à l'intérieur de la forteresse (qu'on voit sur la peinture), mais dehors, dans le désert immense qu'ils vont devoir explorer.
C'est dommage que la fin du texte prenne des allures de manifeste athée bavard et prétentieux, car on finit par avoir envie de crier nous aussi: "fais pas chier, on t'a compris mec!"
Mais dans l'ensemble, c'est un bon spectacle: intense, violent, charnel, bruyant, drôle parfois, même si on regrette le manque de second degré dans l'exposé philosophique et la légère tendance "donneuse de leçon" vers la fin.
C'est dommage que la fin du texte prenne des allures de manifeste athée bavard et prétentieux, car on finit par avoir envie de crier nous aussi: "fais pas chier, on t'a compris mec!"
Mais dans l'ensemble, c'est un bon spectacle: intense, violent, charnel, bruyant, drôle parfois, même si on regrette le manque de second degré dans l'exposé philosophique et la légère tendance "donneuse de leçon" vers la fin.
ill: Masaccio: Adam et Eve chassés du Paradis, fresque, Florence, détail

Commentaires