Divagations-sonate à Kreutzer

Vous savez, le jeu qui consiste à remonter le cours de ses pensées, pour voir comment on en est arrivé à un certain point? On part de la fin et on remonte petit à petit, de saut de coq à saut de l'âne, pour revenir au début: la pensée qui a déclenché le processus (à supposer qu'un tel début existe?)
Bon et bien voilà à quoi ressemble aujourd'hui mon surf sur internet, quand on en reconstitue la trame.

Tout commence sur le site de France Musique: je réécoute l'émission du matin, et constate qu'une expo ouvre à Paris, consacrée à Lucian Freud.
Et je vois qu'un certain Tim Meara a réalisé un court métrage sur le peintre, où il utilise comme BO le morceau Fratres d'Arvo Pärt.




Me vient donc l'envie de regarder ce court-métrage sur-le-champ, mais impossible de le retrouver sur le net. A la place, je tombe sur le premier film de Tim Meara, sorti en 2001, intitulé "the Kreutzer Sonata". Il y combine le texte de Tolstoï, la sonate de Beethoven et la compagnie de danse Rambert, avec pour ambition de "break boundaries between visual art forms, music and text".

Le voici, en deux parties:







Et on peut aussi rappeler la petite histoire: La sonate à Kreutzer, c'est le titre de la neuvième sonate pour violon et piano de Beethoven. Beethoven l'avait dédicacée tout d'abord au violoniste George Bridgetower, qui en fit la création en 1803. Mais il semblerait qu'au cours du petit verre qui suivit le concert, ce violoniste se permit d'insulter une dame que Beethoven aimait bien, et furieux, le compositeur aurait alors dé-dédicacé sa pièce, et re-dédicacé à Rodolphe Kreutzer, qui était considéré comme le meilleur violoniste de son temps. Ce dernier trouvait quant à lui que la sonate était injouable, et ne l'a donc jamais présentée, même si son nom y est resté attaché depuis.
Et Tolstoï dans tout cela?
Et bien Tolstoï, lui, a écrit une nouvelle sauvage et passionnelle qui porte ce titre, et qui raconte la folle jalousie d'un bourgeois misogyne, borgné, et orgueilleux. Ce dernier imagine que sa femme, pianiste, a une aventure avec le violoniste qui interprète à ses côtés cette fameuse sonate. Bien sûr: ça termine très mal pour la femme, qu'il tue sans merci, tandis qu'il laisse s'échapper le violoniste, estimant qu'il est "ridicule de courir en chaussettes derrière l'amant de sa femme, et qu'il ne voulait pas être ridicule, mais terrible!".
Rappelons que la morale de cette histoire, selon Tolstoï, est l'abstinence comme idéal de vie pour chacun.

Davantage sur Tim Meara sur son site.

Commentaires

Damien a dit…
ahhhhh la sonate à Kreutzer, une pièce unique.. que Sergey Khachatryan vient d'interpréter (magistralement) à Bozar cette semaine..

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